Quand le corps exprime ce que nous n’écoutons plus

Une douleur apparaît.

Notre premier réflexe est naturellement de regarder l’endroit où nous avons mal.

Le dos, la nuque, une épaule, le ventre…

Nous cherchons ce qui s’est passé. Un mauvais mouvement, une position inconfortable, un effort inhabituel.

Et parfois, l’explication est effectivement là.

Mais il m’arrive aussi de rencontrer des personnes qui me disent :

« Je ne comprends pas. Je n’ai rien fait de particulier et pourtant cette tension est revenue. »

C’est à cet endroit qu’une autre question peut commencer à se poser.

Et si notre corps ne nous parlait pas uniquement de notre corps ?

Un corps qui accompagne tout ce que nous vivons

Nous avons parfois tendance à séparer notre corps de nos émotions.

Pourtant, dans la vie quotidienne, nous faisons continuellement l’expérience du contraire.

Une mauvaise nouvelle peut immédiatement nous nouer le ventre.

Une situation inquiétante peut modifier notre respiration.

Une contrariété peut nous faire serrer les mâchoires sans même que nous nous en rendions compte.

Lorsque nous avons peur, notre corps réagit.

Lorsque nous sommes profondément apaisés, il réagit également.

Nous n’avons pas d’un côté notre corps et de l’autre nos émotions.

Nous vivons avec les deux en permanence.

Et c’est cette relation qui m’intéresse lorsque j’accompagne une personne qui me parle d’une douleur ou d’une tension corporelle.

Depuis quand avez-vous mal ?

C’est une question toute simple.

Pourtant, elle peut parfois ouvrir une porte inattendue.

Nous pouvons savoir précisément quand une douleur est apparue sans nous être jamais demandé ce que nous étions en train de vivre à cette période.

Alors nous remontons doucement le fil.

Que se passait-il dans votre vie à ce moment-là ?

Est-ce qu’un événement particulier venait de se produire ?

Est-ce que quelque chose avait changé ?

Parfois, il ne se passe rien.

Aucun rapprochement n’apparaît.

Mais à d’autres moments, la personne s’arrête quelques secondes et me dit :

« Maintenant que vous me posez la question… »

Et l’histoire commence à se raconter autrement.

Origine mécanique ou origine émotionnelle

Dans mon travail, j’utilise une planche consacrée à la compréhension de la douleur corporelle.

Lorsque la personne souhaite que nous explorions une douleur particulière, cette planche me permet de rechercher, dans ma lecture, une origine mécanique ou une origine émotionnelle.

Cette distinction est importante dans ma manière de travailler.

Une douleur peut avoir une dimension mécanique très claire.

Mais lorsqu’une origine émotionnelle apparaît dans ma lecture, nous pouvons essayer de comprendre ce qu’elle vient mettre en lumière.

Je ne donne pas immédiatement une signification toute faite à la personne.

Nous échangeons.

Je peux m’appuyer sur différents ouvrages consacrés aux liens symboliques entre le corps et les émotions, notamment ceux de Lise Bourbeau ou de Michel Odoul.

Mais un livre ne connaît pas votre histoire.

Et c’est votre histoire qui m’intéresse.

Le même endroit ne raconte pas nécessairement la même histoire

Prenons deux personnes qui ressentent toutes les deux une tension dans la même partie du corps.

Il serait tentant de leur donner exactement la même explication.

Pour moi, cela n’aurait pas de sens.

Ces deux personnes n’ont pas vécu la même vie.

Elles n’ont pas les mêmes relations, les mêmes émotions, les mêmes réactions ni la même manière de traverser les difficultés.

Une interprétation symbolique peut nous donner une direction.

Elle peut poser une question.

Elle peut provoquer une réflexion.

Mais ensuite, il faut revenir à la personne.

« Est-ce que cela vous parle ? »

C’est elle qui peut faire le lien.

Et parfois, elle ne le fait pas.

Dans ce cas, je ne cherche pas à lui imposer une histoire qui n’est pas la sienne.

Nous sommes parfois très doués pour continuer

Il existe une phrase que nous prononçons facilement :

« Ça va passer. »

Alors nous continuons.

Nous nous adaptons.

Nous compensons.

Nous changeons légèrement notre manière de bouger, de nous asseoir ou de dormir.

Mais nous pouvons faire exactement la même chose avec ce que nous ressentons intérieurement.

Une situation nous pèse et nous continuons.

Une relation nous demande énormément d’énergie et nous continuons.

Nous avons besoin de ralentir, mais ce n’est pas le moment.

Alors nous tenons.

Cette capacité à continuer est parfois nécessaire.

Mais à force de nous adapter, nous pouvons finir par ne plus entendre les premiers signaux.

Jusqu’au moment où quelque chose devient suffisamment inconfortable pour attirer toute notre attention.

Et si la douleur nous obligeait parfois à nous arrêter ?

Je ne considère pas la douleur comme une punition.

Je préfère parfois la regarder comme un signal.

Quelque chose demande notre attention.

La première question est évidemment : qu’est-ce qui se passe dans mon corps ?

Mais nous pouvons parfois en ajouter une deuxième :

qu’est-ce qui se passe dans ma vie ?

Cette deuxième question ne remplace pas la première.

Elle ouvre simplement un autre espace de compréhension.

Parce qu’il arrive que nous prenions conscience d’une situation uniquement lorsque notre corps nous oblige enfin à ralentir.

Nous avions peut-être senti depuis longtemps que quelque chose n’était plus juste pour nous.

Mais nous n’avions pas pris le temps de l’écouter.

Comprendre avant de vouloir faire disparaître

Lorsque je prépare le bilan énergétique d’une personne, mon objectif n’est pas de chercher immédiatement comment supprimer ce qui la gêne.

Je commence par observer.

Puis, lorsque nous nous rencontrons, nous échangeons.

Si une douleur fait partie de ce qui l’amène et qu’elle souhaite que nous l’explorions, nous pouvons utiliser ma planche consacrée à la douleur corporelle et mettre cette information en relation avec le reste du bilan.

C’est souvent à travers cet échange que certaines choses prennent du sens.

Une tension physique peut parfois entrer en résonance avec une situation vécue depuis longtemps.

Une émotion peut apparaître.

Un événement oublié peut revenir dans la conversation.

Ou la personne peut simplement réaliser qu’elle vit depuis des mois dans un état de tension qu’elle considérait désormais comme normal.

Nous ne cherchons pas une explication à tout prix.

Nous cherchons à comprendre.

Puis vient le soin énergétique.

Le corps n’est pas notre adversaire

Lorsque nous avons mal, nous pouvons rapidement entrer en conflit avec notre propre corps.

Nous voudrions qu’il arrête.

Nous lui en voulons parfois de nous limiter, de nous fatiguer ou de nous empêcher de faire ce que nous avions prévu.

Pourtant, notre corps nous accompagne depuis le premier jour.

Il s’adapte continuellement à notre manière de vivre.

Peut-être pouvons-nous alors essayer de changer la question.

Au lieu de lui demander uniquement :

« Pourquoi est-ce que tu me fais mal ? »

Nous pouvons parfois lui demander :

« Qu’est-ce que je n’ai peut-être pas encore entendu ? »

La réponse ne vient pas nécessairement immédiatement.

Elle ne vient pas toujours non plus.

Mais la question elle-même change déjà notre position.

Nous ne sommes plus simplement en train de lutter contre notre corps.

Nous commençons à l’écouter.

Et c’est précisément ce que je recherche dans mon approche énergétique : créer un espace où ce que nous ressentons physiquement, ce que nous vivons émotionnellement et ce que nous sommes en train de traverser peuvent à nouveau être regardés ensemble.

Parce que notre corps ne connaît peut-être pas tous les mots de notre histoire.

Mais il en a traversé chaque instant avec nous.

Et parfois, lorsque nous prenons enfin le temps de l’écouter, il peut nous aider à regarder autrement ce que nous n’arrivions plus à entendre.

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