Quand le mental empêche de dormir
Il est tard. Vous êtes fatigué et vous attendez ce moment depuis plusieurs heures. Vous vous couchez avec une seule envie : dormir.
Vous éteignez la lumière, vous fermez les yeux et, presque immédiatement, votre journée recommence dans votre tête.
Une conversation revient. Vous pensez à ce que vous auriez pu dire, à ce que vous devez faire demain, à cette situation qui vous préoccupe depuis quelques jours. Une pensée en appelle une autre et, sans vraiment comprendre comment, vous voilà parfaitement réveillé alors que quelques minutes auparavant vous aviez l’impression de tomber de fatigue.
Puis vous regardez l’heure.
Et c’est souvent à cet instant que quelque chose change.
Vous ne cherchez plus seulement à dormir. Vous commencez à vous inquiéter de ne pas dormir.
« Si je m’endors maintenant, il me reste encore six heures… »
Un peu plus tard, il n’en reste que cinq.
Et déjà, vous imaginez le lendemain. Le réveil difficile, la fatigue, la journée de travail qu’il faudra malgré tout assurer.
Plus vous voulez dormir, plus votre attention reste éveillée.
C’est un paradoxe que connaissent beaucoup de personnes : le corps est fatigué, mais le mental continue.
Et si le problème ne commençait pas au moment de se coucher ?
C’est une question que j’aime poser lorsque je rencontre une personne qui me parle de son sommeil.
Parce que nous regardons naturellement ce qui se passe la nuit. Pourtant, ce qui se manifeste à minuit a parfois commencé bien plus tôt dans la journée.
Imaginez simplement votre rythme quotidien.
Dès le réveil, votre attention est sollicitée. Vous pensez à ce que vous devez faire, vous travaillez, vous répondez aux demandes, vous prenez des décisions, vous gérez les imprévus. Une difficulté apparaît et vous la mettez de côté parce que ce n’est pas le moment. Une contrariété arrive et vous continuez parce qu’il faut avancer.
Puis le soir arrive.
Vous avez terminé votre journée, mais avez-vous réellement arrêté intérieurement ?
C’est là toute la différence.
Nous pouvons être assis tranquillement dans notre canapé tout en continuant mentalement à travailler. Nous pouvons regarder la télévision tout en pensant à demain. Nous pouvons même être au lit et continuer à chercher une solution à quelque chose qui nous préoccupe.
Physiquement, nous nous sommes arrêtés.
Intérieurement, nous sommes encore en mouvement.
Alors, lorsque le silence arrive enfin, toutes ces pensées que le bruit de la journée maintenait en arrière-plan trouvent soudainement de la place.
Et nous avons parfois l’impression que notre mental choisit précisément le pire moment pour nous parler.
Mais peut-être ne fait-il que profiter du premier véritable espace que nous lui avons laissé.
Pourquoi vouloir arrêter de penser ne fonctionne pas toujours
Face à ce mental qui continue, notre premier réflexe est souvent de lutter.
« Il faut que j’arrête de penser. »
Mais plus nous essayons de chasser une pensée, plus nous vérifions si elle est encore là.
Et si nous vérifions, nous sommes toujours en train d’y penser.
Une sorte de combat intérieur peut alors commencer. Nous sommes fatigués, nous voulons dormir et nous finissons presque par nous énerver contre nous-mêmes parce que nous n’y arrivons pas.
C’est à ce moment que le sommeil peut progressivement devenir une préoccupation à part entière.
Après plusieurs nuits difficiles, nous n’attendons même plus d’être couchés pour y penser. La soirée commence et une question apparaît déjà :
« Est-ce que je vais réussir à dormir cette nuit ? »
Nous surveillons les signes de fatigue. Nous essayons parfois de nous coucher plus tôt pour récupérer. Une fois au lit, nous vérifions si le sommeil arrive.
Sans nous en rendre compte, nous devenons attentifs à quelque chose qui demande justement que nous arrêtions de surveiller.
Le sommeil ne se commande pas.
Nous pouvons créer des conditions favorables pour l’accueillir, mais nous ne pouvons pas lui donner un ordre.
Écouter ce que le mental essaie encore de gérer
Lorsque je reçois une personne pour des difficultés de sommeil, je ne m’intéresse donc pas seulement à ses nuits.
J’ai besoin de comprendre ses journées.
Je cherche à savoir depuis quand son sommeil a changé et surtout ce qui se passait dans sa vie à cette période. Très souvent, lorsque nous prenons le temps de remonter doucement le fil, quelque chose commence à apparaître.
Il peut y avoir une période professionnelle particulièrement intense, une difficulté relationnelle, une inquiétude qui dure, une responsabilité supplémentaire ou simplement des mois passés à fonctionner sans véritablement s’accorder d’espace.
Ce qui m’intéresse alors n’est pas uniquement la question : « Pourquoi cette personne ne dort-elle pas ? »
Je préfère me demander :
« Qu’est-ce qui, à l’intérieur d’elle, n’arrive plus à s’arrêter ? »
La nuance est importante.
Parce que nous ne regardons plus seulement le sommeil comme un problème isolé. Nous commençons à regarder l’équilibre de la personne dans son ensemble.
C’est également pour cette raison que le bilan énergétique occupe une place importante dans ma manière de travailler.
Je le prépare avant notre rencontre, avec l’autorisation de la personne. Lorsque nous nous retrouvons au cabinet, je lui explique ce que j’ai observé et nous mettons progressivement ces informations en relation avec ce qu’elle vit réellement.
Je ne cherche pas à raconter son histoire à sa place.
Au contraire.
Le bilan ouvre une porte et notre échange permet de voir ce qu’il y a derrière.
Parfois, une personne réalise simplement qu’elle ne s’arrête jamais vraiment. Elle dort peut-être mal depuis quelques mois, mais cela fait beaucoup plus longtemps qu’elle vit en tension.
Et cette prise de conscience change déjà notre manière de regarder le problème.
Réapprendre à ne plus avoir quelque chose à faire
Nous vivons dans un quotidien où presque tout devient une action.
Il faut travailler, organiser, prévoir, répondre, comprendre, résoudre.
Alors lorsque le sommeil devient difficile, nous faisons parfois exactement la même chose avec lui.
Nous cherchons comment faire pour dormir.
Et si, justement, dormir commençait lorsque nous acceptons de ne plus rien avoir à faire ?
Pendant quelques heures, le problème peut attendre.
La conversation difficile que nous avons eue dans la journée ne changera pas parce que nous la rejouons encore une fois dans notre tête.
Ce que nous devons faire demain sera toujours là demain matin.
Cela paraît évident lorsqu’on le lit.
C’est beaucoup plus difficile lorsqu’on le vit.
Car lâcher ne signifie pas simplement se dire : « Je lâche prise. »
Il faut parfois réapprendre progressivement à retrouver cet espace intérieur dans lequel nous ne sommes plus obligés de contrôler, d’anticiper ou de chercher une solution.
C’est aussi ce que je recherche lorsque j’accompagne une personne avec un soin énergétique.
Après le bilan et notre temps d’échange, elle s’installe sur la table.
À cet instant, je ne lui demande plus rien.
Elle n’a rien à comprendre, rien à analyser et rien à réussir.
Elle peut fermer les yeux.
Le corps peut progressivement se déposer.
Et pour quelqu’un qui vit depuis longtemps avec un mental continuellement sollicité, retrouver simplement cet état où il n’y a plus rien à gérer peut déjà représenter quelque chose d’important.
Certaines personnes s’endorment pendant le soin. D’autres restent conscientes tout en entrant dans une détente profonde. Ce n’est pas ce que je recherche ou mesure.
Ce qui m’intéresse, c’est ce moment où la personne peut enfin arrêter de tenir.
La nuit commence bien avant de se coucher
C’est peut-être finalement ce que les difficultés d’endormissement peuvent nous inviter à regarder.
Nous voudrions parfois réparer nos nuits sans modifier la manière dont nous traversons nos journées.
Pourtant, les deux sont intimement liées.
Si nous passons toute la journée à courir intérieurement, il peut être difficile de demander à notre corps et à notre mental de s’arrêter simplement parce que nous avons éteint la lumière.
Retrouver un sommeil plus paisible peut alors commencer bien avant le coucher.
Cela peut commencer lorsque nous recommençons à reconnaître notre fatigue au lieu de toujours la repousser. Lorsque nous nous accordons un véritable moment sans sollicitation. Lorsque nous acceptons que tout ne doit pas être résolu immédiatement.
Et surtout lorsque nous recommençons à écouter ce qui occupe autant de place à l’intérieur de nous.
Notre mental n’est peut-être pas notre ennemi.
Il essaie parfois simplement de continuer à gérer tout ce que nous lui avons confié pendant la journée.
Alors, plutôt que de lui demander chaque soir de se taire brutalement, nous pouvons peut-être commencer par nous demander :
« Qu’est-ce que je pourrais déposer avant d’aller dormir ? »
Pas tout.
Simplement ce qui peut attendre demain.
Parce que retrouver le sommeil ne consiste pas toujours à apprendre une nouvelle technique pour dormir.
Parfois, cela commence beaucoup plus simplement :
réapprendre à s’arrêter avant d’être obligé de s’endormir.